Interview de Jean-Marie Cochin / Menuisier
Hier analyste financier, puis agriculteur, aujourd’hui menuisier au 7 de l’impasse Mont-Louis… Et demain, un retour à la terre et un engagement dans la perma-culture ? Pour Jean-Marie, tout est possible dans la vie. Ce qui compte, c’est de savoir bricoler : aussi bien à partir de planches de bois, qu’à partir de tranches de vie !

Depuis combien de temps habites tu Paris ? D’où viens tu ?
J’habite Paris depuis 15 ans. J’ai passé mon enfance à l’étranger. Mon père était fonctionnaire des Nations Unies. J’ai vécu successivement en Italie, aux Etats Unis, au Pérou, au Chili.
Quel est ton parcours ?
J’ai fait Sup de Co. J’ai été Analyste financier pendant 6 mois et ensuite j’ai fait mon service militaire. Puis j’ai exploité la ferme de ma grand-mère pendant 15 ans dans l’Aveyron ! J’ai élevé des vaches et des brebis laitières. Nous faisions du lait pour Roquefort.
Au décès de ma grand-mère, je n’ai pas pu racheter le reste de la propriété. Alors, je suis parti au Togo pendant 3 ans où j’ai travaillé dans une société de transport routier. Le climat politique m’a contraint à partir. J’ai atterri au Paraguay où je me suis occupé d’un élevage de 5000 bovins à la frontière bolivienne.
Pour des raisons familiales, j’ai du rentrer à Paris où, comme je ne trouvais pas de boulot, je m’en suis acheté un! J’ai racheté une boîte de services à domicile qui s’appelait « Allo Maman Poule » que j’ai gérée pendant 6 ans.
Puis, j’ai retrouvé mon copain Américain Mike que j’avais connu dans l’Aveyron et qui m’a proposé de le rejoindre pour bosser dans le bâtiment. Je me suis inscrit en cours du soir à la Mairie de Paris pour passer un CAP de menuisier. En 2006, quand le chantier de Mike s’est terminé, j’ai créé ma propre société.
Quel est ton métier ?
Aujourd’hui, je suis menuisier ! Je travaille pour des particuliers, des architectes et des décorateurs sur de l’agencement. On travaille le médium, le contreplaqué, le latté et le bois …
Pourquoi la menuiserie ?
J’ai toujours aimé le travail manuel. Quand on est agriculteur, il faut savoir bricoler !
Dans la menuiserie, le plus difficile a été de nommer les choses ! Il y a des milliers de références ! Quand tu n’arrives pas à nommer les choses tu ne peux rien faire. Heureusement, j’ai recruté une personne ayant quelques années de quincaillerie industrielle derrière lui et qui connaissait tout !

De la campagne à Paris, est-ce que quelque chose te manque ?
Non pas vraiment, je me suis donné à fond dans ma vie précédente. L’élevage et la traite, c’est un vrai sacerdoce. C’est 7 jours sur 7. Très dur. Plus personne ne veut faire cela. Ma femme à l’époque ne le supportait plus ! On avait 4 enfants …
Aujourd’hui, comment fonctionnes-tu avec tes clients ?
Lorsque l’on travaille avec des architectes, ils ont parfois des idées qui ne sont pas toujours réalisables, et qu’il faut rendre réelles. Concernant les particuliers, ils ont vraiment besoin de conseil. Bien souvent, ils ne savent pas trop dans quelle direction aller !

As tu des sources d’inspiration ?
Les idées arrivent comme cela, les unes après les autres … sans pour autant regarder les magazines …
Quelles sont tes sources de satisfaction ?
Pouvoir toujours travailler à l’atelier même si cela devient de plus en plus dur. Nous sommes 5 maintenant et je fais de plus en plus d’administratif, de visites de chantiers… Pour travailler à l’atelier, il faut être tranquille. Cela demande de la concentration. Il faut prévoir le dernier coup. C’est un peu comme aux échecs. Si tu ne prévois pas le dernier coup cela peut très mal se terminer. Il ne faut donc pas être dérangé par le téléphone, par les gens qui viennent te voir… Sinon, tu fais une erreur et tu ne t’en rends compte qu’à la fin !
As-tu une quête dans la vie ?
La satisfaction d’avoir pu mener à bien une entreprise alors que ce n’était pas gagné d’avance. Surtout quand on change de métiers plusieurs fois dans sa vie. Mais ceci fait partie de l’intérêt de l’existence. Les Américains font beaucoup cela. Il y a tellement de choses à faire dans la vie !

Quand tu te projettes, tu n’imagines pas faire cela toute ta vie ?
Non, c’est un métier physiquement difficile. Il faut être réaliste.
Tu imagines déjà la suite ?
Oui, je pense à l’enseignement ou à retourner à la terre. Je pense à la perma-culture par exemple. Ce sont de nouvelles méthodes développées par les Japonais, les Australiens. L’agriculture du futur se tournera vers ces méthodes sans chimie. On va un peu dans le mur avec nos façons de faire, de consommer… Je me dis que dans 4/5 ans, il faudra passer à autre chose.
Mais quel âge as tu ?
62 ans. Mais tant qu’on a la forme, que l’on peut encore travailler, qu’est-ce que l’âge ! Cela permet de rester actif et de faire des choses nouvelles et d’innover.
Quand tu ne travailles pas, tu fais quoi ?
J’aime faire du vélo et je bouquine. J’aurais aimé savoir jouer d’un instrument de musique mais je n’ai jamais réussi à m’y mettre ! Et en vacances, j’aime travailler les arbres et la terre…
Ton look de tous les jours ?
Workwear poussiéreux ! Depuis toujours, je suis couvert de poussière !
Qu’est ce que tu mets dans ton sac ?
De quoi noter, de quoi mesurer, pas de paperasse car j’habite au dessus de l’atelier et mon bureau est là !
Si vous avez des projets, contactez le de notre part. Vous trouverez les infos nécessaires sur son site : http://menuiseriecochin.chez.com/







